Connaître les maladies les plus fréquentes chez la chèvre permet de réagir rapidement et d'éviter que des situations bénignes ne deviennent critiques. Ce guide passe en revue 10 pathologies incontournables, leurs signes cliniques et les premiers réflexes à avoir avant l'arrivée du vétérinaire.
Troupeau caprin en bergerie : l'observation quotidienne permet de détecter les signes précoces — © Pexels
Rappel : Ce guide est informatif. Tout traitement médicamenteux doit être prescrit par un vétérinaire. En cas de doute, appelez votre vétérinaire sans attendre — chez la chèvre, la dégradation peut être très rapide.
1. Entérotoxémie (surcharge digestive)
Cause : prolifération de Clostridium perfringens dans l'intestin, favorisée par un changement alimentaire brutal ou un excès de concentrés.
Signes cliniques : animal retrouvé mort ou en état de choc, douleurs abdominales intenses, convulsions, grincements de dents, mort en quelques heures.
Traitement : urgence absolue — antitoxines, antispasmodiques, perfusion. La prévention par vaccination (Bravoxin, Heptavac-P Plus) reste le seul moyen vraiment efficace.
2. Listériose
Cause : Listeria monocytogenes, bactérie présente dans l'ensilage mal fermenté, la litière humide ou l'alimentation contaminée.
Signes cliniques : forme encéphalitique (tournis, marche en cercles, paralysie faciale, appui de la tête contre un mur) ou forme septicémique (fièvre, abattement brutal, avortements). Zoonose potentielle.
Traitement : antibiothérapie intensive à forte dose (pénicillines) si débuté tôt. Pronostic réservé pour la forme nerveuse. Éliminer l'ensilage suspect.
3. Mammite
Cause : infection bactérienne de la mamelle (Staphylococcus aureus, Streptococcus, colibacilles). Favorisée par les blessures de traite, la litière souillée ou une mauvaise hygiène.
Signes cliniques : mamelle chaude, dure, douloureuse ; lait anormal (grumeaux, sang, sérosités) ; fièvre ; abattement. La forme suraiguë (mammite gangréneuse) détruit l'hémi-mamelle en quelques heures.
Traitement : antibiothérapie locale et/ou générale selon la forme, traitement anti-inflammatoire. Prévention : hygiène de traite, désinfection des trayons, litière sèche.
4. Piétin
Cause : Dichelobacter nodosus (et Fusobacterium necrophorum), bactéries anaérobies qui attaquent le tissu kératinisé entre les onglons, surtout en milieu humide.
Signes cliniques : boiterie progressive, animal qui se déplace sur les genoux, odeur nauséabonde des pieds, macération entre les onglons.
Traitement : parage des onglons, bain de pieds au sulfate de zinc, antibiothérapie dans les cas sévères. Un animal non traité reste une source de contamination pour le troupeau.
5. Coccidiose
Cause : parasites intracellulaires du genre Eimeria, transmis par voie fécale-orale dans les logements surpeuplés ou humides.
Signes cliniques : diarrhée jaune à verdâtre, parfois hémorragique chez les chevrettes de 3 semaines à 2 mois ; retard de croissance ; mortalité élevée sans traitement.
Traitement : toltrazuril (Baycox), diclazuril ou sulfamides selon prescription. Prophylaxie : densité raisonnée, litière sèche, nettoyage des abreuvoirs.
6. Pneumonie
Cause : multifactorielle — Mannheimia haemolytica, Mycoplasma, virus (BRSV, PI3) — favorisée par les courants d'air, le stress, le surpeuplement ou les variations thermiques.
Signes cliniques : toux, jetage nasal, respiration rapide ou difficile, fièvre, abattement, dénutrition progressive.
Traitement : antibiothérapie (selon antibiogramme), AINS, traitement de soutien. Prévention : ventilation sans courant d'air, vaccination pasteurellose.
7. Hypocalcémie (fièvre du lait)
Cause : chute du calcium sanguin au moment de la mise bas et du démarrage de la lactation, plus fréquente chez les fortes productrices ou les chèvres âgées.
Signes cliniques : faiblesse musculaire progressive, incapacité à se lever, hypothermie, pupilles dilatées, décubitus latéral. Apparition dans les 24–48 h post-mise bas.
Traitement : injection IV ou SC de calcium (borogluconate de calcium) — réponse souvent spectaculaire en 15–20 minutes. Prévention : ration pré-partum équilibrée, ratio Ca/P adapté.
8. Toxémie de gestation
Cause : déficit énergétique sévère en fin de gestation (portées multiples, sous-alimentation), conduisant à une cétose et une accumulation de corps cétoniques toxiques.
Signes cliniques : dépression, inappétence, odeur acétonée de l'haleine, faiblesse, décubitus, aveuglement temporaire possible (3–4 semaines avant la mise bas).
Traitement : glucose IV, propylène glycol per os, vitamines B1, stimulation de l'appétit. La prévention passe par une ration énergétique suffisante en fin de gestation, surtout chez les femelles portant deux ou trois chevreaux.
9. Ecthyma contagieux
Cause : Parapoxvirus (orf), très résistant dans le milieu extérieur (survie plusieurs années dans la laine ou la litière sèche).
Signes cliniques : pustules et croûtes sur les lèvres, le mufle, les naseaux et parfois la mamelle ; gêne à l'alimentation chez les jeunes. Lésions douloureuses mais généralement bénignes chez les adultes immunisés.
Traitement : surtout symptomatique (désinfection locale, antibiothérapie secondaire si surinfection). Portez toujours des gants : l'orf se transmet à l'humain.
10. CAEV (Arthrite-Encéphalite Caprine)
Cause : lentivirus (CAEV — Caprine Arthritis Encephalitis Virus), transmis principalement par le colostrum et le lait d'une mère infectée à son chevreau.
Signes cliniques : chez l'adulte : gonflement progressif et douloureux des carpes (genoux) ; chez les chevrettes de moins de 6 mois : forme encéphalitique (paralysie, incoordination). Aucun traitement curatif.
Prévention : dépistage sérologique des reproducteurs, gestion du colostrum (pasteurisation ou remplacement), plan d'assainissement en lien avec votre vétérinaire.
Observation clinique : état des muqueuses, posture et attitude générale de la chèvre — © Pexels
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